Je poursuis des recherches indépendantes en Astrophysique depuis une dizaine d’années. En 2014, je propose, dans un premier article, d’introduire une force d’expansion nouvelle qui permettrait d’expliquer, sans matière noire, la question des « flat rotation curves » (voir mon premier article).

J’ai une expérience assez notable des publications scientifiques (Ingénieur TelecomParisTech, où j’ai créé le laboratoire de recherche « image » que j’ai animé pendant 15 ans). Aussi, ma surprise a été grande de constater l’ampleur des réactions de rejet qu’a suscité ma modeste tentative en Astrophysique.

Par exemple, cet article a été rejeté par 9 revues avant d’être accepté par une dixième. La quête a duré 3 ans. Il a été remanié 17 fois avant d’être publié !

Ma démarche est scientifique. Je suis un scientifique et, en tant que tel, suis ouvert à toute critique objective. Mieux : j’en éprouve le besoin, j’en suis demandeur.
Mais j’en assez des réactions de rejet faussement motivées. Cela va du rejet primaire – on ne vous répond même pas – à des critiques grossièrement  erronées, en passant par des remarques plus ou moins ironiques et condescendantes.

Exemples :

« Toute idée hors du courant principal des recherches habituelles doit être justifiée dans le plus grand détail par rapport à l’ancien corpus de théorie existante... elle doit répondre à toutes les expériences faites dans le cadre de l’ancien corpus… on doit préciser les expériences à faire en cas de désaccord, etc. »

Réponse : N’est-ce pas trop demander à une idée naissante ? Le résultat de cette bonne intention ne va-t-il pas conduire – tout simplement – à tuer dans l’œuf toute novation et à n’accepter, finalement, que les idées « dans le courant principal des recherches habituelles » ?

Bref : le but des éditeurs est-il de faire connaître les nouvelles idées ou de les bloquer par tous les moyens possibles ?

« J’ai le sentiment que cet article a peu de chance d’être revu favorablement par les referrees » 

Réponse : Un processus scientifique est fondé sur la raison et non sur les sentiments ou la chance.

J’ai demandé que l’article soit envoyé à un reviewer ou qu’on donne les RAISONS de son rejet. On ne m’a pas répondu.

« Vos travaux sont trop théoriques, ils sont trop déconnectés des données d’observation »

Réponse : Je cherche à publier pour faire connaître cette idée aux physiciens ayant accès aux données expérimentales et ayant les moyens de la tester. Il est vrai qu’en tant que chercheur totalement indépendant, je ne dispose d’aucun moyen d’observation ou même de simulation numérique. Dans cet article, j’envisage la possibilité, dans un espace inhomogène, que les mesures de la « Constante » de Hubble dépende de la distance d’observation. Cela répondrait à une importante controverse aujourd’hui.

« Désolé, votre force va dans le mauvais sens »

Réponse : Cette force est proportionnelle à la vitesse. Pensez à un mouvement spiralé. Si la vitesse est dirigée vers l’intérieur, évidemment, cette force amplifiera le mouvement implosif. Par contre, si la vitesse va vers l’extérieur, ce sera bien une force d’expansion. On ne peut donc pas l’accuser « d’aller dans le mauvais sens ». A l’évidence, ce jugement inexact résulte d’une lecture trop rapide et superficielle de l’article. Quand on imagine une masse supplémentaire (ou de façon équivalente, une force centripète) pour renforcer la vitesse latérale, on présuppose qu’il n’y a pas d’expansion accélérée… De toute façon, l’effet de ma force est mathématiquement démontré dans mon premier article.

« C’est une force ad’ hoc » (*)

Réponse : Il est vrai que – jusqu’à mon 5ème article – je ne présentai pas d’autre justification de cette force sinon le fait qu’en l’introduisant, on aboutissait à la courbe de vitesse observée et ce, sans modifier la force de Newton et sans faire intervenir de matière noire. Dans l’article présenté ici, je montre que cette force résulte en fait de l’équation d’Einstein en Relativité Générale. Ce qui lui donne une justification fondamentale plus profonde. Non seulement elle n’est plus un additif en manque de justification théorique, mais c’est un aspect de la gravité elle-même ! Mais l’article a déjà été refusé par trois revues, immédiatement rejeté par ces éditeurs sans même faire appel à un reviewer !

« Pour publier, il faut être affilié à une Université »

Réponse : je me demande si Einstein pourrait publier ses premiers articles aujourd’hui.

 

 

(*) Quoi de plus « ad’ hoc » que cette matière noire étrange et exotique,

qui est convoquée à toute occasion, alors que son existence n’est pas prouvée

malgré plusieurs décennies d’intenses recherches !

Au vu de ces lamentables expériences (voir encadrés), j’ai finalement pris la décision de me passer d’éditeur. En plaçant cet article sur mon site et en l’envoyant moi-même aux physiciens concernés, j’aurai une réponse beaucoup plus rapide et efficace à deux questions d’importance :

  • Transmettre l’information aux observateurs et expérimentateurs comme indiqué plus haut.

  • Recevoir toutes les critiques de physiciens compétents que je ne manquerai pas de contacter, étant mû par une certaine honnêteté scientifique et personnellement engagé à tenir compte de leurs remarques.

 

J’ai bientôt 78 ans. Le temps est limité. Je préfère consacrer mes forces restantes à la recherche scientifique plutôt qu’à la recherche d’éditeurs.

 

Je me suis lancé, seul, dans la difficile tâche de « penser par soi-même ». Sans mentor, sans institution, sans autre guide que mon propre esprit critique. C’est une tâche fort difficile. Le chercheur solitaire – s’il est honnête et assez courageux – ne peut pas ne pas intérioriser toutes les critiques entendues. Il ne peut pas passer par-dessus les propres garde-fous de sa propre pensée. Penser par soi-même est une rude école. Il y faut du courage pour dépasser les réactions de rejet évoquées plus haut et aussi pour faire face à ses propres démons, à ses erreurs de pensée, etc. J’ai été à moi-même mon propre censeur. Cela vaut bien un peu de considération.

 

UNE RENCONTRE

Dr. Y est un chercheur de haut niveau. J’ai beaucoup d’estime pour ses travaux. Il organise une série de séminaires auxquels j’assiste. Ses résultats sont intéressants, malgré le fait qu’il s’auto-glorifie de façon trop ostentatoire et trop fréquente à mon goût. Néanmoins, je le crois assez ouvert pour accueillir ma contribution et me donner son avis et ses conseils. Je l’aborde en fin de séminaire.

- Bonjour Monsieur, je souhaiterais vous faire connaitre mes publications. J’ai proposé une force nouvelle, qui pourrait expliquer la question des « flat rotation curves » sans matière noire…

Grande est alors ma stupéfaction de recevoir sa réponse immédiate, d’une violence inouïe :

- Certainement pas ! La matière noire existe. Elle EXISTE ! Vous ne devez pas chercher dans cette voie. Laissez les spécialistes travailler !

- Mais, Monsieur, vous n’avez pas lu mes articles…

- Je ne les lirai pas ! J’ai bien le droit de choisir mes lectures, non ?

J’ai été tellement atteint, je suis tellement tombé de haut que je n’ai pas su quoi lui répondre. J’ai dû émettre un vague « Ah bon, libre à vous »…

Voici ce que j’aurais dû lui dire :

- Monsieur, vous vous trompez. Vous tenir au courant de tout ce qui concerne votre domaine fait partie de vos obligations. Même si cela ne correspond pas, a priori, à vos idées personnelles.

Je comprends que la nouveauté déstabilise, d’autant plus si on croit « savoir » et si ce « savoir » résulte d’un long travail et encore plus quand on pense sincèrement qu’il a été garanti par une démarche scientifique. On se défend d’autant plus que nos croyances ont été fortement et longuement étayées. Au moins, ce serait rassurant si le contestataire faisait partie de nos cercles de connaissance ! Si c’est un inconnu, on se sent en droit de lui dire : « Qui es-tu pour remettre en cause nos certitudes » ?

Mais il est très dommage que la recherche indépendante soit ainsi pénalisée.

 

Quant à l’organisation actuelle du système de publications scientifiques, on peut se demander si elle tiendra encore longtemps, sous la pression des nouveaux moyens proposés par Internet. Certes, le système actuel - consistant à trouver, si possible des experts qui soient à la fois experts et indépendants – pouvait paraitre comme le meilleur possible. A condition que les éditeurs diffusent les nouvelles idées. Cependant, étant motivés par des scrupules louables mais trop souvent excessifs, ils finissent par faire exactement le contraire, en laissant passer seulement ce qui conforte les idées dominantes. N’est-il pas alors légitime d’envisager de modifier le système ?

PORTRAIT

Monsieur X est un scientifique influent. Il dirige un laboratoire de recherche. Il écrit des articles, fait des conférences, il est interviewé dans la presse. Le plus souvent, ses contributions sont des synthèses présentant les grandes tendances aujourd’hui. Bien. Toutefois, j’observe chez lui certaines inclinations qui me gênent beaucoup.

  1. Il omet souvent de mentionner les travaux non conventionnels, ceux qui ne vont pas dans le sens de la théorie dominante. Ou, quand il les mentionne, c’est sans s’attarder, sans envisager leur éventuel intérêt.

  2. Voici au moins quinze ans qu’il n’a pas émis le moindre doute à propos de la matière noire. Dans ses plus récentes publications, un léger soupçon de doute commence à pointer. Quel esprit critique !

  3. Il reconnait que la théorie du Big Bang se heurte à quelques difficultés ici ou là. Mais, face à tout défi explicatif, sa réaction est toujours la même : on va lancer un satellite, on va faire de nouvelles observations, on va construire un nouveau dispositif expérimental. Il n’est pas le seul à penser ainsi. Des centaines d’ingénieurs pensent et vivent de cela.

  4. Jamais il ne dit : « arrêtons un peu et réfléchissons ». Il ne semble pas avoir été touché par la question du dilemme de l’expérimentateur : on ne voit – trop souvent – qu’à travers le prisme de nos idées préconçues. Toute campagne de mesure repose sur des concepts théoriques sous-jacents. L’observateur le plus attentionné qui soit, fait ses mesures en se référant à tout un corpus de pensée qui risque de l’orienter, malgré lui, vers des résultats plus ou moins préétablis. Nos jauges de pensée nous font trop souvent trouver ce qu’on cherche, confortant ainsi nos idées de départ. Mais le plus intéressant en recherche n’est-il pas de trouver ce qu’on ne cherchait pas ? La vraie découverte nous étonne, elle nous surprend, elle nous déstabilise.